POUR UNE POLITIQUE EFFICACE EN FAVEUR DE L’EMPLOI DES JEUNES
La France ne veut pas du CPE ! Inutile, inefficace, inapproprié : les syndicats, les jeunes, le patronat, l’opposition et même une partie de la majorité réprouvent un texte inopportun et qui a jeté 3 millions de Français dans la rue. Cette erreur de fond et de forme ne règle pas le problème des jeunes. Celui-ci doit être traité et si les Français sont hostiles à tout ce qui leur semble être de la précarité. Ils ont conscience que l’on ne peut rester dans l’immobilisme. La France doit se bouger en étant plus efficace et plus juste.
Les jeunes, plus que les autres catégories de la population, sont les victimes de la crise économique et sociale que traverse la France. Les emplois précaires y sont trois fois plus nombreux que la moyenne de la population (30% contre 10%).
Mais ce n’est pas fondamentalement un problème de contrat de travail. Ce n’est pas le contrat qui fait l’emploi. Ce qu’il nous faut c’est une politique économique permettant le retour à une croissance durable, l’emploi c’est la croissance. Ce qu’il nous faut aussi c’est un investissement massif dans « l’économie de la connaissance », l’emploi c’est la qualification. Dans ce cadre, je propose une politique d’accompagnement pour l’emploi des jeunes en trois axes.
Premier axe : accompagner les jeunes vers l’emploi, premier volet d’une véritable sécurité sociale professionnelle.
Les jeunes peu ou pas diplômés ont un problème aigu de transition vers le premier emploi. Ils n’ont pas de garanties à présenter aux entreprises qui recrutent. Pas de titre universitaire suffisamment crédible. Pas d’expérience professionnelle. Pas de réseau social. Ils se retrouvent ainsi prisonniers d’une « trappe à chômage » : pas d’expérience, donc pas d’emploi, donc pas d’expérience. Et lorsqu’ils accèdent à un emploi, ils sont englués dans une seconde « trappe à précarité » : ils enchaînent les emplois précaires (CDD, intérim, contrats aidés, stages…) sans pouvoir accéder à un emploi stable.
Comment faciliter cette transition ? D’abord, par un soutien actif et personnalisé. En France, un chômeur se retrouve seul et avec des moyens limités dans sa recherche d’emploi. Seul parce que l’encadrement est faible à l’ANPE - un fonctionnaire pour 150 demandeurs d’emploi. Au Danemark, le rapport est de un pour 20. Dans les entreprises d’« outplacement », dont bénéficient souvent les cadres pour leur reconversion, il est de un pour 15. Ces taux d’encadrement permettent un suivi véritablement personnalisé. Sans moyens : l’ANPE apporte un soutien limité à la recherche d’emploi. Ces moyens se sont certes étoffés depuis quelques années. Mais rien à voir, là aussi, avec les agences de l’emploi au Danemark ou les entreprises d’« outplacement » : les chômeurs y bénéficient d’importants moyens logistiques (bureau, téléphone, ordinateur, photocopieuse…) et humains (conseil de carrière, psychologue et graphologue, aide au CV…). Ils peuvent chercher un emploi de manière professionnelle.
Ainsi, le temps passé à chercher un emploi est de 2 heures par jour au Danemark, contre 15 minutes en France. C’est ce type de moyens que je propose de mettre en place.
Ensuite, un crédit-formation inversement proportionnel à la durée de formation initiale : un droit à formation de vingt ans pour tous. La durée moyenne de scolarisation en France est de 19 années, mais elle recouvre des réalités très différentes. Un jeune issu d’un milieu aisé qui sera médecin ou ingénieur bénéficiera de 23 à 25 années de formation gratuite. Le jeune de banlieue sorti sans qualification à seize ans n’aura bénéficié que de 13 années. L’enseignement supérieur est une incroyable machine à redistribuer à l’envers. Je propose de garantir un minimum de 20 années de formation gratuite à tous, utilisables en plusieurs séquences sous forme d’un droit de tirage.
Autre élément : une procédure spécifique de validation des acquis professionnels pour les jeunes ayant travaillé dans des emplois précaires. L’expérience professionnelle acquise dans ces emplois n’est guère reconnue. Il faut pouvoir la valoriser dans le CV.
Enfin, une allocation de recherche d’emploi. Elle reflète le contrat de recherche d’emploi passé entre le jeune et le service public de l’emploi, qui agit en quelque sorte comme « employeur de dernier recours ». Elle assure au demandeur d’emploi de bonne foi une garantie permanente de revenu.
Deuxième axe : la formation en alternance. Elle a prouvé sa capacité à assurer la qualification professionnelle des jeunes. Or elle diminue aujourd’hui, notamment du fait de la carence en maîtres de stage capables d’encadrer les jeunes en formation. Elle devra être relancée sous toutes ses formes, et être adaptée aux différents niveaux de qualification : pour les jeunes sans formation, mais aussi dans le prolongement de la formation initiale. Nous avons en effet besoin de faire croître les qualifications de l’ensemble de nos salariés et de leur offrir des perspectives de parcours professionnel. Je prends un exemple, l’emploi dans les hôpitaux : une personne sans qualification doit pouvoir être intégrée comme agent de service hospitalier, un agent être formé pour devenir aide soignante, une aide soignante infirmière, et une infirmière augmenter sa qualification pour s’insérer dans les nouveaux métiers de la santé.
Troisième axe : moduler le taux d’impôt sur sociétés, afin d’inciter les entreprises à embaucher des jeunes. La modulation se ferait en fonction du pourcentage de jeunes présents dans l’entreprise, par rapport au pourcentage moyen du secteur et du bassin d’emploi. Afin d’être efficace, cette modulation devra être significative : on peut imaginer d’alléger de 50% l’impôt des sociétés les plus vertueuses, et à l’inverse d’alourdir de 50% l’impôt de celles qui s’y refusent. Afin de ne pas être pénalisante, elle porterait sur les bénéfices plutôt que sur les cotisations salariales : cet effort n’est demandé qu’aux entreprises prospères.
Cette proposition permet de réintégrer dans les logiques de rentabilité des entreprises le financement de l’insertion professionnelle des jeunes. Elle s’inscrit dans une logique d’« internalisation » d’objectifs d’intérêt général. Ce mécanisme pourra être généralisé à d’autres dossiers comme l’intégration de chômeurs de longue durée, le développement de politiques socialement responsables ou respectueuses de l’environnement, ou encore la sécurité et la santé au travail.
Le débat n’est donc pas entre le CPE ou rien. Il existe un autre chemin, celui de la protection, de la promotion et de l’innovation. Celui qui permettrait à notre pays de se moderniser, d’innover, sans pour autant se précariser. Le discours tendant à dire aux jeunes « vous êtes précaires, nous allons vous rendre encore plus précaires pour votre première embauche » a bien peu de chances de l’emporter. Il faut avoir le courage d’inventer notre propre chemin dans la mondialisation. Il faut combattre les renoncements qui débouchent toujours sur des conflits sans fin. Dialoguer avec l’ensemble des acteurs sociaux sur la base de propositions audacieuses mais réalistes est devenue une impérieuse nécessité pour sortir le pays de la crise.
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