De la première à la dernière heure du Congrès, Martine Aubry et les délégués de la
motion D ont cherché à bâtir une majorité nouvelle, cohérente à gauche, durable et crédible
pour le Parti socialiste. Avec une exigence : répondre aux problèmes des Français. Avec une
constance : ne pas poser comme un préalable la candidature de Martine au poste de premier
secrétaire.
Durant le débat général, les camarades qui se sont exprimés en notre nom (Guillaume
Bachelay, Laurent Baumel, Gwenegan Bui, Jean-Christophe Cambadélis, Fayçal Douhane,
Marilyse Lebranchu, Sandrine Mazetier, Marietta Karamanli, Arnaud Montebourg, Alain
Vidalies, Henri Weber) ont porté avec force les idées de la motion « Changer à gauche pour
changer la France » : le réarmement de la puissance publique territoriale, nationale et
européenne face à l’échec des politiques libérales ; la priorité à la question sociale et la
défense des salariés, des retraités, des locataires, des jeunes ; l’attachement à l’école de la
République et à la laïcité ; le besoin de réorienter l’Europe pour la rendre plus innovante et
plus solidaire ; le refus de la présidentialisation du parti et de la droitisation de ses alliances ;
le souci de dépasser les anciens clivages dans le parti pour le remettre au travail collectif ; le
nécessaire renouvellement des pratiques et des équipes.
A la tribune, les représentants de la motion E ont multiplié les interventions
contradictoires, cachant délibérément les soutiens de ce qu’ils appellent le « vieux parti ».
C’est ainsi que pour la première fois depuis Epinay, la fédération des Bouches-du-Rhône n’a
pas parlé dans un congrès du PS et que la fédération de l’Hérault a été priée de se faire toute
petite. Ce zapping est l’expression de l’absence de clarté de cette motion, qui alterne entre les
discours de l’ultra-gauche interdisant les licenciements et ceux pour le moins pondérés du
maire de Lyon. On ne peut prôner en même temps l’attachement à l’histoire du mouvement
socialiste depuis Jaurès et envisager des alliances avec le centre droit pour le futur. On ne peut
constater la crise du capitalisme financier et, en même temps, faire largement l’impasse sur
les moyens d’obtenir un nouveau partage de la richesse. On ne peut pas prétendre rassembler
sa famille devant les militants et, pendant trois jours, la critiquer durement devant les
caméras.
C’est dans l’après-midi de samedi que s’est cristallisé la différence non pas entre deux
approches du socialisme, mais entre le socialisme et autre chose. Elle s’est matérialisée en
direct et devant les 4 000 délégués du congrès à travers les discours : celui de Ségolène Royal
d’une part, celui de Martine Aubry, mais aussi ceux de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon,
d’autre part.
L’intervention de Ségolène Royal a triplement troublé la majorité du congrès : par son
style rhétorique, emprunt de religiosité et de personnalisation, alors que le socialisme
démocratique, c’est le refus de la mystique comme politique et le « nous » plutôt que le
« je » ; par sa confusion idéologique, ses silences sur la question salariale, sa réduction de la
puissance publique à la seule intervention locale ; sa dénonciation implicite et permanente de
notre parti réduit au « vieux parti ». Mais c’est sur le terrain stratégique que Ségolène Royal a
semé le plus grand trouble : si elle est désignée premier secrétaire, a-t-elle promis, elle
procédera à un référendum militant sur les alliances. Comme si les militants et les élus
socialistes ne s’étaient pas prononcés clairement le 6 novembre en choisissant, pour 70 %
d’entre eux, des motions affirmant noir sur blanc leur refus de tout renversement d’alliances,
du renoncement au rassemblement de la gauche au profit d’un pacte avec le MoDem ?
Lui succédant à la tribune, Martine Aubry a incarné tout simplement le Parti socialiste,
celui que nous aimons et que nous servons. Un parti qui mène le combat face au capitalisme
financier en échec, qui rassemble une gauche forte face à une droite dure. Un parti qui renoue
avec le mouvement social, les associations, les syndicats, les mouvements d’éducation
populaire, les chercheurs et scientifiques, les intellectuels et le monde de la culture. Un parti
qui ouvre les portes et les fenêtres pour porter un projet de transformation sociale, pas pour
devenir un fan club applaudissant une ligne politique fluctuante au gré des sondages
d’opinion. Un parti qui met la question sociale et la construction européenne au coeur de son
projet, non pour les distinguer ni les opposer, mais parce que l’Europe qui protège et qui
progresse est la réponse socialiste à la récession économique et au funeste « choc des
civilisations » prôné par Bush et d’autres. Un parti qui pense qu’en démocratie médiatique, le
rôle des responsables et des militants est de s’adresser aux Français comme à des citoyens
doués de raison, pas comme à des consommateurs dont il faudrait exciter les passions, les
émotions, les instincts. Un parti qui débat collectivement pour bâtir son projet avec des
conventions nationales, qui s’appuie sur les sections et les collectivités locales pour nourrir sa
réflexion, qui s’oppose de façon carrée à la casse sociale Sarkozy-Fillon. Un parti qui change
en faisant toute leur place au renouvellement générationnel, à la parité, à la diversité, qui
s’ouvre sur les quartiers populaires, jette des ponts avec le monde des PME et de l’économie
réelle, confronte sa vision avec celle de nos camarades sociaux-démocrates européens. Un
parti qui ne calque pas son discours sur l’immigration, la nation, l’Etat sur celui des
conservateurs. Un parti qui réaffirme son attachement au rassemblement de toutes les forces
de gauche, affirme fièrement ses valeurs pour une gauche décomplexée sans se laisser
impressionner par l’extrême gauche, s’adresse aux électeurs et non aux appareils pour les
convaincre de voter socialiste afin de tourner la page du chiraco-sarkozysme. Si nous relevons
ces défis, si nous les menons à bien, alors le Parti socialiste mettra fin à vingt ans sans victoire
présidentielle et à plus de dix ans d’échec aux législatives. Il redonnera un espoir à des
millions de Français confrontés au chômage, au déclassement, au démantèlement des services
publics, au recul des droits et des libertés. Ce chemin dessiné par Martine a soulevé
d’enthousiasme le congrès et a suscité de longs, de chaleureux applaudissements des délégués
des motions D, mais aussi A et C.
Cette commune vision de la politique, de la gauche et du Parti socialiste entre amis de
Martine Aubry, de Bertrand Delanoë et de Benoît Hamon, nous avons voulu lui donner une
traduction politique lors de la commission des résolutions, qui s’est ouverte samedi soir.
Dans le respect de nos différences avec Ségolène Royal et ses partisans – c’était pour
nous une évidence. Comme c’est normal, la motion E, arrivée en tête lors du vote sur les
textes d’orientation, a eu la possibilité d’organiser le rassemblement autour de ses
propositions. Elle s’y employait depuis sept jours sans succès, il était peu probable qu’elle y
parvînt en quelques heures. D’autant que loin de rassurer sur des points essentiels – la hausse
des salaires et des pensions, le partage de la richesse et la fiscalité, la réorientation
européenne, la nature du parti et l’alliance avec le MoDem –, le discours de Ségolène Royal
un peu plus tôt avait suscité l’inquiétude des motions A, C et D. En particulier, à propos des
alliances, Bertrand Delanoë, Henri Emmanuelli et Alain Vidalies ont répété avec solennité le
message fort délivré l’après-midi même par Laurent Fabius : « Ce sont les alliances qui
donnent ou qui retirent sa crédibilité à la ligne politique. »
Sur cette base, les motions A, C et D ont donc dit, avec respect mais dans la clarté,
leur impossibilité de bâtir une orientation politique à vocation majoritaire autour de la ligne
proposée par la motion E. Dès lors, les représentants de celle-ci ont décidé de semer le trouble
au sein de la commission en multipliant des provocations. Vincent Peillon a réaffirmé « la
main tendue de la motion E » : mais comment croire dans cette intention de rassemblement
fondée sur des positions qui divisent le parti sur le smic, la fiscalité, la nature du parti et ses
alliances ? A propos du MoDem, la motion E n’a cessé de souffler le chaud et le froid. Quoi
de commun entre Vincent Peillon pour qui « les engagements sont clairement avec la
gauche », Julien Dray qui évoque « la campagne de Mitterrand en 1988 et l’alliance avec le
centre », François Rebsamen qui invite à « ne pas parler qu’avec la gauche pour gagner les
élections nationales et locales » et Ségolène Royal qui parle de « malentendu » et propose de
« faire synthèse sous cette réserve en faisant trancher plus tard la question par un référendum
militant » ? Puis, Ségolène Royal a qualifié « d’étrangeté politique » l’attachement à une
clarification idéologique et politique formulée conjointement par les motions A, C et D : par
des mots simples et forts, Bertrand Delanoë a eu raison de répondre qu’« il n’y a rien
d’étrange à ne pas être d’accord » et que « nos différences sont suffisantes pour qu’elles ne
se règlent pas par des amendements. » Faisant l’impasse sur les divergences profondes entre
la motion E et les autres motions, Jean-Jack Queyranne a parlé de « procédé scandaleux » :
comme si le scandale ne consistait pas à avoir prévu, avant même d’entrer en commission des
résolution, de la quitter avant son issue, d’en avoir d’ailleurs prévenu certains médias, de
rechercher l’affrontement à l’intérieur pour se poser en victimes à l’extérieur, selon le
scénario désormais bien rodé de Ségolène Royal ?
Dès lors, François Hollande, qui présidait la réunion, a constaté l’incapacité de la
motion E à rassembler les socialistes et proposé à la motion A, arrivée en deuxième position,
de tenter d’y parvenir. La motion E a alors quitté la séance avec fracas, laissant en réunion des
« observateurs silencieux », pour s’adresser à la presse à l’extérieur et, une fois de plus,
attaquer le Parti socialiste, ses règles et ses discussions démocratiques, et fustiger les
représentants des trois quarts des militants n’ayant pas voté pour la motion E quelques jours
plus tôt. C’est donc bien la motion de Ségolène Royal et de ses amis qui a empêché la
commission des résolutions d’être ce moment de dépassement des clivages et de
rassemblement des socialistes.
Avec gravité et esprit de responsabilité, Bertrand Delanoë a proposé une suspension de
séance afin que les motions A, C et D puissent s’entretenir afin d’élaborer « une plateforme
politique à vocation majoritaire » et un « dispositif humain partagé ». Martine Aubry et
Benoît Hamon ont répondu favorablement à cette démarche.
Deux groupes se sont donc constitués. L’un (composé d’Alain Bergounioux et Jean-
Pierre Caffet pour la motion A, de Philippe Dariulat et Liem Hoang Ngoc pour la motion C,
Jean-Marc Germain et Guillaume Bachelay pour la motion D) a travaillé à l’élaboration d’un
texte commun à soumettre le lendemain aux délégués afin de sortir du congrès avec une
orientation claire et majoritaire, celle d’un parti réformiste et européen, ancré à gauche dans
son programme et ses alliances. Ce texte n'a pas été finalisé mais il existe d'ores et déjà les
bases du rassemblement autour d'une orientation majoritaire.
L’autre groupe n’a pu aboutir, faute d’accord des trois motions sur le nom du candidat
au premier secrétariat qui porterait cette ligne majoritaire. Tout au long de cette négociation
Martine Aubry a eu le souci du collectif en refusant de faire de sa candidature un préalable.
De retour en séance, François Hollande a constaté l’échec du rassemblement des
motions A, C et D, le débat sur le nom ayant pris le pas, pour certains, sur l’enjeu de
l’orientation. Bertrand Delanoë a confirmé et regretté cet échec. Martine Aubry aussi. Benoît
Hamon a maintenu sa candidature. A deux heures et demie du matin, les débats se sont
achevés avec, pour les représentants de la motion D, une réelle déception, le sentiment d’avoir
privilégié mais sans succès le besoin d’une offre politique claire et commune pour conjurer le
risque d’un changement de nature et d’alliances du Parti fondé par François Mitterrand.
Dimanche matin, consciente de la gravité de la situation, soucieuse d’assumer sa
responsabilité politique, désireuse de protéger le Parti socialiste que nous voulons – un parti
porteur d’une crédibilité de gauche face à un pouvoir de droite –, constatant que la motion A
ne désignait aucun candidat, refusant dans cette hypothèse une victoire plus que probable de
Ségolène Royal, , Martine Aubry a annoncé sa candidature au poste de premier secrétaire du
Parti socialiste. S’exprimant devant les délégués du congrès, elle s’est inscrite dans la fidélité
au message adressé par les militants lors du vote sur les motions : un Parti socialiste fort et
fier. Avec émotion, autorité et conviction, Martine a résumé l’enjeu de jeudi été vendredi
prochains : « Les militants veulent un parti ancré à gauche, un parti rénové et qui dit : "Non,
Monsieur Sarkozy, il n'y pas de liberté sans égalité". C'est cela que je défendrai devant les
militants en votre nom et si je peux me permettre en votre nom à tous. »
J'ai dans ma famille 5 militants actifs du parti socialiste. Ils sont tous d'accord sur un projet de société, même s'ils se sont autrefois disputés sur la question européenne, ont des sensibilités différentes et ont donc voté pour les trois candidats au premier tour.
S'ils se comportent comme les différents lieutenants des deux candidates au poste de premier secrétaire (vous noterez le terme militaire, c'est vrai qu'on a l'impression d'être en guerre)
que va donner la prochaine réunion de famille???
Rédigé par: Bénédicte M. (29) | samedi 22 novembre 2008 à 19h15